L'impact de la (mono)parentalité sur l'emploi : les femmes y perdent, les hommes font davantage carrière.
Actiris publie aujourd'hui une étude qui analyse l'impact de la parentalité, et plus spécifiquement de la monoparentalité, sur la participation au marché de l'emploi dans la Région de Bruxelles-Capitale. L'étude cartographie les effets sur le plan des trajectoires professionnelles et de la disponibilité pour le travail. Et les inégalités entre hommes et femmes sont frappantes.
L'impact de la parentalité marqué par de claires différences de genre
L'étude a examiné le taux d'emploi des hommes (78,2 %) et des femmes (77,3 %), qui est presque identique lorsqu'ils n'ont pas d'enfants. Cette situation change radicalement dès qu'il y a des enfants : chez les hommes, le taux d'emploi augmente de 7 points de pourcentage, tandis que chez les femmes, il chute de 18,5 points de pourcentage lors du premier enfant et baisse encore davantage pour chaque enfant supplémentaire. Sur le plan du chômage également, de nettes différences de genre se dessinent : l'arrivée d'un enfant entraîne chez les femmes une augmentation du taux de chômage de 9% à 13%, tandis qu'il diminue chez les hommes.
Les mères assument généralement plus de responsabilités liées aux différents soins et éprouvent des difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale, démontre l'étude. Ces défis entraînent une charge mentale accrue, une moindre disponibilité sur le marché du travail et un risque plus élevé d'occuper des emplois précaires. De ce fait, les femmes avec enfants ont environ 40% de chances en moins de (re)trouver un emploi par rapport aux femmes sans enfants.
L'étude constate également que l'impact de la parentalité est particulièrement prononcé chez les femmes qui se trouvent déjà dans une position vulnérable sur le marché du travail. Le niveau d'éducation s'avère être un facteur déterminant : la maternité a une influence négative plus forte sur les opportunités concernant les femmes peu qualifiées que sur celles des femmes hautement qualifiées.

La monoparentalité
La Région de Bruxelles-Capitale se distingue par une proportion remarquablement élevée de familles monoparentales : des enfants sont présents dans 34,5% des ménages bruxellois et 1 sur 3 de ces ménages est une famille monoparentale. Dans 86% des cas, il s'agit d'une mère célibataire.
L'étude révèle que l'impact de la parentalité est encore plus grand sur ce groupe de mères célibataires. Par rapport aux mères en couple, leur taux de chômage grimpe à 23 % (soit 10 points de pourcentage de plus que les mères avec un partenaire). Leur taux d'emploi est également inférieur de 7 points de pourcentage. Les mères célibataires portent en effet l'entièreté de la charge des soins et sont plus souvent confrontées à des pressions financières. Elles courent en outre un risque accru d'occuper des emplois de moindre qualité, ce qui se traduit notamment par une probabilité plus élevée d'obtenir des contrats temporaires.
Les défis liés à un accès égalitaire au marché du travail
L'étude met en lumière plusieurs défis que rencontrent les mères pour s'intégrer sur le marché du travail tout en combinant cette intégration avec la parentalité. À commencer par l'accès limité à des structures d'accueil d'enfants abordables et flexibles. Il existe de grandes disparités entre les communes et les quartiers vulnérables, en particulier, font face à une pénurie de places et à des coûts qui s'avèrent difficiles à assumer pour certaines mères.
De plus, la discrimination renforce les inégalités pour les mères. En raison des stéréotypes de genre, les femmes, et tout particulièrement les mères célibataires, sont plus rapidement considérées comme moins disponibles, ce qui se traduit par de moindres opportunités d'emploi, moins de promotions et un risque accru de non renouvellement de contrats.
Cette combinaison de facteurs augmente considérablement le risque de pauvreté : à Bruxelles, 53,5 % des personnes vivant dans une famille monoparentale sont confrontées à la pauvreté ou à l'exclusion sociale, le niveau le plus élevé de Belgique (source : Statbel). La dépendance à un seul revenu, les carrières instables et l'accès plus difficile aux services de garde renforcent cette vulnérabilité, particulièrement chez les femmes ayant un faible niveau d'éducation.
Enfin, l'étude souligne également le fait que la limitation des allocations de chômage touche principalement les mères célibataires. Celles-ci ont plus souvent des carrières morcelées et sont plus fortement représentées dans les statuts à temps partiel et précaires. De ce fait, elles courent un risque plus important de perdre leurs allocations et de se retrouver, par conséquent, en difficulté financière.
Envie d'en savoir plus ? Lisez l'étude complète ici.
Pour un résumé clair de l'étude accompagné de perspectives de terrain, regardez l'épisode du podcast vidéo sur Youtube.

Romain Adam
