L'IA & la santé à Bruxelles : une opportunité pour les patients et les professionnels, mais des impacts contrastés sur les métiers
Actiris publie une analyse qualitative sur l’intelligence artificielle dans le secteur de la santé à Bruxelles. L'étude montre une adoption de l'IA déjà perceptible au niveau des soins et de l’organisation du travail, notamment par une amélioration de la précision clinique et une simplification des démarches administratives. Cette analyse s’appuie sur une combinaison de revue de littérature, d’entretiens d’experts et d’un atelier collaboratif réunissant des acteurs du secteur.
Elle révèle une tendance de fond : la technologie vient en appui aux médecins, infirmiers et kinésithérapeutes, tout en automatisant une partie des tâches administratives, ce qui pourrait transformer ces fonctions. Cette automatisation permettrait aux professionnels de se concentrer davantage sur les patients ou les affiliés. Des questions éthiques, l'interconnexion des systèmes et l'acquisition de nouvelles compétences font également partie des défis à relever.
Hôpitaux, mutualités et cabinets médicaux : un usage différencié
Les usages les plus visibles de l'IA concernent l’aide au diagnostic et à la décision, l’imagerie assistée, l’appui à certains actes chirurgicaux, le suivi des patients à domicile et l’automatisation de fonctions telles que la rédaction de comptes rendus, la gestion des dossiers ou la prise de rendez‑vous.
Dans les hôpitaux, l’implémentation progresse mais l’absence de digitalisation de certains services, la multiplicité des systèmes informatiques utilisés et l’état de certaines infrastructures freinent encore l’interconnexion. Les plus petites structures telles que les cabinets médicaux et paramédicaux avancent plus prudemment, surtout pour des raisons de coût et d’accessibilité aux solutions digitales. Les mutualités se distinguent par une numérisation plus poussée et développent des assistants conversationnels pour mieux orienter leurs affiliés.
L’IA fait évoluer les métiers et leurs tâches
Du côté des métiers, la transformation se traduit par une évolution des rôles. Chez les médecins, la pratique se réorganise autour de la supervision et de la validation des conclusions émises par l’IA, tandis que l’imagerie et le suivi post‑opératoire gagnent en efficacité. Les infirmiers renforcent la priorisation des soins, la surveillance des paramètres et la coordination des équipes. Les kinésithérapeutes voient monter le coaching à distance, avec des bilans fonctionnels mieux étayés et des protocoles personnalisés.
Pour le support administratif dans les établissements de soins ou les mutualités, la réduction des routines ouvre la voie à un recentrage sur la relation avec le client ou le patient. Cette dynamique appelle l’émergence de profils hybrides — référents IA, coordinateurs digitaux, data stewards — capables de relier besoins du terrain et solutions.
Des pistes d'actions stratégiques et opérationnelles
Pour accélérer l'implémentation de l'IA de manière responsable, l’étude recommande de concentrer les efforts sur l’interconnexion des systèmes et la simplification des flux entre acteurs, d’aider financièrement les structures moins équipées afin d’éviter des écarts dans l’accès aux outils et d’harmoniser les plateformes de partage — notamment à Bruxelles — pour réduire les doubles saisies et lever les obstacles organisationnels.
Actiris recommande également que les cursus et la formation continue intègrent la pratique des prompts, l’analyse critique des résultats, l’usage des dispositifs connectés et la téléconsultation, tout en reconnaissant les nouveaux métiers qui accompagnent cette transition. Actiris recommande également la mise en place d'une communauté de pratique « IA & santé » afin de partager des retours d’expérience, stabiliser des méthodes et renforcer la sécurité des usages.
Un cadre strict pour l'IA et des freins
Il est cependant essentiel de maîtriser les menaces liées aux données. Les exigences du cadre européen (AI Act) et du RGPD imposent transparence et fiabilité des dispositifs, ce qui suppose une gouvernance robuste de l’information : qualité et structuration des jeux de données, traçabilité des résultats, contrôle des biais, cybersécurité renforcée et interopérabilité réelle entre systèmes. À cela s’ajoute la fracture numérique, qui nécessite des alternatives accessibles pour les publics moins à l’aise avec les outils, afin que l’innovation bénéficie à toutes et tous.
Retrouvez l'étude complète ici.
Un résumé de l'étude sous forme de podcast vidéo est aussi disponible sur YouTube et Spotify.
Romain Adam
